De plus en plus loin : Le potentiel numérique sous-exploité du Canada

Ceux qui créent et utilisent les technologies au Canada ne représentent pas ceux qui vivent et travaillent ici.
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Viet Vu
Manager, Economic Research
November 30, 2022
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À propos de ce rapport

L’adoption de technologies sur le marché du travail continuera de s’intensifier. Toutefois, la façon dont les entreprises et les travailleurs utilisent la technologie — et la mesure dans laquelle ils l’utilisent — sont appelées à jouer un rôle fondamental dans notre capacité à innover et à faire croître l’économie canadienne dans les industries nouvelles et traditionnelles.

Dans une recherche antérieure sur l’automatisation en Ontario, nous avons expliqué le danger à double volet que représentent les entreprises qui hésitent à adopter de nouvelles technologies connues pour améliorer la productivité et la compétitivité. Parallèlement, les entreprises qui les adoptent peuvent perturber considérablement le revenu et le bien-être des travailleurs.

Notre dernier rapport, De plus en plus loin : Le potentiel numérique sous-exploité du Canada, approfondit ce sujet de deux façons : premièrement, nous examinons les modèles de changement dans le travail technologique et la productivité au cours d’une période de 15 ans. Nous avons ensuite déterminé le degré d’exclusion de participation et d’iniquité salariale selon certaines caractéristiques identitaires, dont la race, le sexe, le niveau de scolarité et le statut d’immigration.

Les résultats du rapport montrent dans la plupart des cas que le Canada doit s’améliorer en soutenant, en formant et en utilisant ses talents numériques. Les écarts salariaux et la marginalisation continue de la participation au travail en technologie révèlent que ceux qui créent et utilisent les technologies au Canada ne représentent pas ceux qui vivent et travaillent ici. Sans leur participation, nous risquons de passer à côté de perspectives, de talents et d’expériences qui ont le potentiel de façonner les technologies futures.

En lisant ce rapport, vous pourrez :

  • Cerner les inégalités sur le plan de la participation et de la rémunération des travailleurs du secteur technologique afin de s’assurer que cette main-d’œuvre est représentative de la population diversifiée du Canada.
  • Éclairer les décisions et les stratégies en matière d’adoption de technologies numériques, de formation de la main-d’œuvre numérique et de perfectionnement des compétences numériques pour les décideurs et les entreprises concernées par la formation et le perfectionnement dans ce domaine.
  • Préparer les travailleurs à l’adoption des technologies afin d’accroître leur rendement et de compléter l’apport des précieux talents humains.
  • Comprendre comment la numérisation a modifié les modèles de travail technologique sur une période de 15 ans.
  • Préparer les travailleurs à la réussite en se familiarisant avec les types de professions qui ont connu les taux de numérisation les plus et les moins élevés.

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Principales constatations du rapport :

  • Les emplois exigeant le plus haut niveau d’intensité numérique sont associés à des hausses salariales plus élevées. De 2001 à 2016, les travailleurs du secteur technologique occupant des emplois exigeant le niveau d’intensité numérique le plus élevé ont connu une hausse salariale moyenne de 32 %, tandis que ceux ayant des emplois nécessitant le niveau d’intensité numérique le plus faible ont obtenu une augmentation de rémunération de 14 % au cours de la même période.

 

  • Les femmes sont de plus en plus exclues du travail technologique. En 2001, une femme avait 6,29 % de chances d’être une travailleuse du secteur technologique. En 2016, cette même probabilité est passée à 4,91 %. Dans le cas des hommes, le pourcentage est demeuré le même pendant toute la période, soit 20 %.

 

  • L’écart salarial entre les sexes persiste et est aggravé par l’intersectionnalité. Nos recherches révèlent que les hommes gagnent en moyenne 3,49 $ l’heure de plus que les femmes. En outre, le fait d’appartenir à une minorité visible (moyenne pour toutes les caractéristiques) réduit la rémunération de 3,89 $ l’heure.

 

  • Il existe des inégalités salariales parmi les immigrants qui travaillent dans le domaine de la technologie qui n’existaient pas auparavant. En 2001, il n’y avait pas d’écart salarial observable entre les travailleurs en technologie immigrants et non immigrants, mais de 2001 à 2016, l’écart s’est creusé pour atteindre en moyenne plus de 5,70 $ l’heure (en dollars de 2016). L’écart salarial sur le plan du statut d’immigration est plus marqué que l’écart salarial entre les sexes.

 

  • L’intensité numérique des emplois associés aux tâches courantes a diminué. Les emplois comportant surtout des tâches courantes ont diminué en intensité numérique. À l’inverse, l’intensité numérique des emplois nécessitant un niveau élevé de capacités cognitives, jumelé à des tâches non courantes, a connu une augmentation marquée au cours de la période visée.

Méthodologie

Nous utilisons des données individuelles provenant de quatre phases du recensement canadien de 2001 à 2016 pour comprendre comment l’incidence de l’adoption de technologies a modifié le travail technologique au cours de la période visée de 15 ans. De plus en plus loin traite de la période prenant fin en 2016; il s’agit de l’ensemble de données du recensement du Canada le plus récent qui est accessible.

Afin de produire un ensemble de mesures de l’intensité numérique des professions canadiennes, les caractéristiques d’emploi détaillées sont adaptées de la base de données américaine SOC-O*NET ou O*NET au moyen d’un tableau de concordance ou d’un outil qui relie deux systèmes de classification connexes, mais différents.

Les salaires horaires ne sont pas déclarés tels quels dans le questionnaire détaillé du recensement. Pour obtenir cette mesure, nous avons utilisé le total des heures travaillées pour la semaine de référence que le répondant a déclarée, multiplié par le nombre de semaines travaillées par celui-ci, puis avons divisé par ce nombre le revenu du répondant provenant des salaires et traitements. Nous avons éliminé toute personne ayant déclaré un revenu d’emploi négatif.

À l’aide des mêmes données de recensement, nous relevons les inégalités particulières en matière de rémunération et de participation au travail que subissent les personnes appartenant à des groupes identitaires qui ont été historiquement marginalisés au Canada. Afin d’isoler l’incidence d’une caractéristique identitaire donnée (ou plus précisément les conséquences sociales de ces caractéristiques fondées sur des discriminations comme le sexisme et le racisme), nous utilisons des régressions, un outil statistique qui nous permet de cerner l’impact direct d’être, par exemple, une femme, sur la rémunération d’un emploi de nature technologique (ayant pris en compte d’autres facteurs comme le niveau de scolarité, l’expérience et la race).

Calculateur d'écart salarial

Partenaires/Commanditaires

Le rapport De plus en plus loin : Le potentiel numérique sous-exploité du Canada a été financé par la subvention de recherche –Economic Impact of Digital Technologies de Facebook. Cette subvention a été accordée à l’université à titre de don sans conditions, et les auteurs conservent le plein contrôle éditorial.

Cette recherche a également été appuyée par le Konrad Adenauer Stiftung Canada ainsi que par le Centre des compétences futures.